Mesurer la biodiversité (grâce aux papillons de jour) pour piloter réellement les actions
Agir pour la biodiversité ne suffit plus : il faut mesurer
Depuis plusieurs années, les collectivités publiques multiplient les actions en faveur de la biodiversité : gestion différenciée des espaces verts, prairies fleuries, réduction des intrants, plantations indigènes, démarches de labellisation ou stratégies « nature en ville ».
Ces efforts sont réels, souvent portés avec conviction par les services communaux, qu’il s’agisse de responsables du développement durable, de l’urbanisme ou des espaces verts.
Mais une question revient de plus en plus souvent sur le terrain, lors des échanges entre techniciens, élus et citoyens :
Est-ce que ce que nous faisons améliore réellement la biodiversité ?
Dans de nombreuses communes, les décisions reposent encore principalement sur des intentions, des prescriptions ou des indicateurs indirects (surfaces végétalisées, nombre de projets, moyens engagés, fauches différenciées, etc). Or, ces éléments ne disent pas grand-chose de la qualité écologique réelle des milieux ni de leur capacité à accueillir durablement la nature en ville.
Dans un contexte de pression accrue sur les budgets, de multiplication des attentes citoyennes et de renforcement des exigences environnementales, les collectivités sont de plus en plus confrontées à un besoin clair :
passer de l’action à l’évaluation, et de l’évaluation au pilotage.
Mesurer la biodiversité ne signifie pas alourdir le travail des équipes ou entrer dans une expertise inaccessible. Il s’agit avant tout de disposer d’indicateurs fiables, lisibles et scientifiquement fondés, capables d’éclairer les choix de gestion, d’identifier ce qui fonctionne… et ce qui fonctionne moins bien.
Parmi ces indicateurs, les papillons de jour occupent une place particulière. À la fois sensibles aux pratiques de gestion, étroitement liés à la qualité des habitats et relativement simples à observer/collecter, ils offrent une porte d’entrée pertinente pour évaluer l’état écologique des espaces verts en milieu urbain.
Quand les méthodes de gestion différenciée ne suffisent plus à préserver la biodiversité
Ces dernières années, de nombreuses communes ont mis en place des surfaces en faveur de la biodiversité, en particulier sous forme de prairies extensives en milieu urbain.
Cette évolution marque un changement important par rapport aux pratiques intensives du passé, et elle doit être reconnue comme telle.
Cependant, sur le terrain, un constat revient fréquemment :
ces surfaces sont souvent gérées de manière très similaire, quel que soit le contexte local.
Même type de milieu, mêmes hauteurs de coupe, mêmes périodes de fauche, mêmes objectifs.
Or, du point de vue écologique, la biodiversité ne dépend pas seulement du fait de “moins intervenir”, mais surtout de la diversité des milieux, des structures et des dynamiques :
prairies hautes et basses,
zones fauchées tôt et tardivement,
mosaïques de micro-habitats,
zones refuges non fauchées,
interfaces avec haies, lisières, sols nus ou humides.
Lorsque 80 à 90 % des surfaces favorables à la biodiversité prennent la forme de prairies extensives gérées de façon homogène, on limite involontairement la diversité des habitats, et donc des espèces capables de s’y installer durablement.
Des effets écologiques difficiles à percevoir sans mesure
Sur le terrain, les surfaces en gestion différenciée donnent souvent une impression positive : plus de fleurs, moins de machines, une image plus “naturelle”.
Pourtant, cette perception visuelle ne reflète pas toujours la réalité écologique.
En milieu urbain, les effets de la gestion sur la biodiversité sont souvent discrets, différés, et parfois contre-intuitifs.
Une prairie peut paraître favorable tout en hébergeant peu d’espèces spécialisées. À l’inverse, un espace modeste, bien structuré, peut jouer un rôle clé pour certaines espèces.
Sans indicateurs adaptés, plusieurs situations passent inaperçues :
des habitats qui se ferment progressivement,
des cycles biologiques interrompus par des fauches mal positionnées,
des espèces présentes une année… puis absentes les suivantes,
une homogénéisation lente mais continue des communautés biologiques.
Dans ce contexte, il devient difficile de répondre à des questions pourtant essentielles pour une collectivité :
Les surfaces mises en place sont-elles réellement fonctionnelles pour le vivant ?
Quelles espèces bénéficient effectivement de ces aménagements ?
Observe-t-on une amélioration, une stagnation ou un déclin de la biodiversité locale ?
Faute de données, la gestion repose alors principalement sur :
des intentions “pifomètre”,
des prescriptions générales,
et des retours visuels ou subjectifs.
Ce fonctionnement est compréhensible.
Mais il atteint aujourd’hui ses limites face à la complexité du vivant en milieu urbain.
La biodiversité ne se pilote pas uniquement par le “faire”, mais aussi par l’observation et l’évaluation.
Mesurer pour comprendre : passer de la surface à la qualité écologique
Depuis quelques années, les collectivités multiplient les démarches en faveur de la biodiversité :
labels, chartes, plans climat, gestion différenciée, plan stratégique de végétalisation, renaturation.
Ces démarches sont nécessaires.
Mais une question reste souvent en suspens :
Comment savoir si ces actions améliorent réellement la biodiversité sur le territoire ?
En milieu urbain, la présence de “vert” ne suffit pas à garantir la qualité écologique.
Deux surfaces visuellement similaires peuvent avoir des fonctions écologiques très différentes.
Ce décalage est bien connu en écologie :
ce n’est pas la surface qui fait l’habitat,
mais sa structure, sa diversité, sa gestion dans le temps,
et sa capacité à permettre aux espèces de boucler leur cycle de vie.
La transcription sur les papillons l’illustre très clairement :
un papillon adulte visible ne signifie pas qu’un milieu est fonctionnel.
Il faut que l’œuf, la chenille, la chrysalide et l’adulte puissent coexister dans l’espace et dans le temps.
Sans cette lecture fine, une collectivité peut :
créer des surfaces favorables… en apparence,
mais empêcher involontairement la reproduction des espèces,
ou favoriser uniquement des espèces généralistes, au détriment des espèces plus exigeantes.
Inventorier ne suffit pas : ce que la biodiversité nous dit vraiment
Dans de nombreuses démarches, la biodiversité est encore abordée sous l’angle de l’inventaire :
combien d’espèces observées ?
à quel endroit ?
à quel moment ?
Ces données sont utiles.
Mais elles ne disent pas tout.
Un inventaire ponctuel donne une photographie.
Or, le vivant fonctionne par dynamiques :
dynamiques saisonnières,
dynamiques de gestion,
dynamiques de recolonisation ou de disparition.
L’exemple des papillons de jour est particulièrement parlant :
ils réagissent rapidement aux changements de gestion,
ils sont sensibles à la qualité des habitats,
et ils constituent d’excellents bioindicateurs (grâce à leur cycle de vie complexe).
Un point clé ressort :
des milieux urbains bien gérés peuvent être recolonisés rapidement,
à condition que les habitats soient réellement fonctionnels et diversifiés.
À l’inverse, des surfaces étendues mais uniformes peuvent :
sembler favorables,
tout en restant écologiquement pauvres,
voire bloquantes pour certaines espèces.
Cela signifie qu’une politique biodiversité ne peut pas se contenter de compter.
Elle doit chercher à comprendre :
quels milieux sont réellement utiles,
pour quelles espèces,
et avec quels effets dans le temps.
De la bonne intention au pilotage écologique
Pour les collectivités, l’enjeu n’est pas de “faire plus”,
mais de faire mieux avec ce qui existe déjà.
Cela suppose de passer :
d’une logique d’action → à une logique de pilotage,
d’une accumulation de mesures → à une priorisation basée sur les effets réels.
Concrètement, cela permet de :
identifier les habitats à fort potentiel mais sous-valorisés,
ajuster la gestion (dates de fauche, mosaïque de milieux, continuités),
éviter les effets négatifs involontaires,
et surtout objectiver les choix auprès des élus et des citoyens.
C’est aussi un levier puissant pour :
valoriser le travail des équipes techniques,
sécuriser les décisions,
et sortir du sentiment fréquent de “on fait beaucoup, mais on ne sait pas si ça marche”.
Les communes disposent d’un levier d’action souvent sous-estimé
En matière de biodiversité, les collectivités ont parfois le sentiment d’agir dans un cadre contraint :
peu d’espace, pression urbaine forte, attentes citoyennes contradictoires, budgets limités.
Et pourtant, en milieu bâti et périurbain, le potentiel d’action est considérable.
Contrairement aux milieux agricoles intensifs ou à certains espaces naturels fortement dégradés,
les communes disposent d’un avantage décisif :
👉 elles maîtrisent directement une grande partie de la gestion des espaces.
Espaces verts publics, talus, parcs, cimetières, friches temporaires, bords de routes, zones d’infiltration, cours d’école, abords de bâtiments, toitures, pieds d’arbres…
Pris individuellement, ces espaces semblent marginaux.
Pris ensemble, ils constituent un réseau écologique dense, souvent bien plus vaste qu’on ne l’imagine.
La différence ne tient pas principalement à la surface, mais à la qualité écologique des habitats, et à leur articulation dans l’espace et dans le temps.
Lorsqu’une commune raisonne à cette échelle,
il devient possible d’atteindre, même en milieu urbain, des niveaux de diversité biologique significatifs.
Des retours de terrain montrent qu’avec des mesures ciblées et cohérentes, 30 à 40 espèces de papillons de jour peuvent être observées sur un territoire urbanisé, là où des pratiques plus uniformes plafonnent bien plus bas.
Ce constat change profondément la perspective :
la biodiversité urbaine n’est pas un enjeu marginal ou symbolique, mais un levier concret, mesurable et améliorable dans le temps. C’est en faite l’étape d’après la gestion différenciée!
En milieu urbain, la biodiversité peut réagir vite!
Contrairement à une idée répandue, la biodiversité ne se transforme pas uniquement sur des décennies.
Certaines composantes du vivant — notamment les papillons — réagissent rapidement aux changements de gestion.
Lorsqu’un habitat devient réellement fonctionnel :
ressources alimentaires disponibles,
plantes hôtes présentes,
zones de refuge peu ou pas perturbées,
continuité minimale entre milieux,
les espèces peuvent recoloniser un site en quelques mois, parfois même en quelques saisons.
Pour les collectivités, c’est un point clé.
Les efforts engagés ne sont ni abstraits ni invisibles :
des effets peuvent être observés à court ou moyen terme,
à condition que les conditions écologiques soient effectivement réunies.
À l’inverse, des aménagements et une gestion mal calibrés peuvent :
produire peu d’effets,
voire générer des impacts négatifs non intentionnels, malgré une intention clairement favorable à la biodiversité.
D’où la nécessité de dépasser une logique uniquement déclarative, pour entrer dans une logique d’efficacité écologique réelle.
Du « vert partout » à des habitats qui font sens
Un des écueils actuels en milieu urbain est la tendance à homogénéiser les réponses :
mêmes types de prairies,
mêmes mélanges de semences,
mêmes calendriers de gestion,
mêmes principes appliqués sur l’ensemble du territoire.
Cette approche a le mérite de la simplicité, mais elle atteint rapidement ses limites écologiques.
La biodiversité repose avant tout sur la diversité des milieux et la mosaïculture urbaine :
prairies rases,
prairies hautes,
zones peu ou pas fauchées,
lisières,
haies diversifiées,
sols nus ou peu végétalisés,
structures refuges (bois mort, murs, micro-reliefs),
Restaurer les types de milieux.
Ce sont ces contrastes, ces transitions et ces mosaïques qui permettent à un grand nombre d’espèces de coexister.
Autrement dit, ce n’est pas la généralisation d’une “bonne pratique” entre communes qui crée la richesse biologique,
mais bien la complémentarité des habitats à l’échelle du territoire.
Pour une commune, l’enjeu devient alors stratégique :
où concentrer les efforts ?
quels types de milieux sont sous-représentés ?
quelles pratiques produisent réellement des effets mesurables ?
où ajuster la gestion sans alourdir le travail des équipes ?
quelles sont les espèces prioritaires?
quelles sont les espèces cibles?
Ces questions ne relèvent ni de l’idéologie ni de la communication, mais de l’observation, de l’analyse et de la mesure.
Pourquoi “faire” ne suffit plus
Depuis plusieurs années, les collectivités se sont fortement mobilisées en faveur de la biodiversité :
gestion différenciée, prairies fleuries, zéro phyto, plantations d’espèces indigènes, renaturation ponctuelle, labels…
Ces démarches ont permis une prise de conscience collective et une évolution réelle des pratiques.
Mais aujourd’hui, une limite apparaît clairement : l’action seule ne garantit pas l’impact.
Deux communes peuvent mettre en place des mesures similaires — mêmes types de prairies, mêmes calendriers de fauche, mêmes principes d’entretien — et obtenir des résultats très différents sur le terrain.
Pourquoi ?
Parce que la biodiversité ne répond pas à des intentions, mais à des conditions écologiques précises :
qualité réelle des habitats,
continuité dans le temps,
adéquation entre les milieux créés et les espèces présentes localement,
interactions entre les sites à l’échelle du territoire.
Sans mesure, il devient impossible de répondre à des questions pourtant essentielles pour les décideurs publics :
Est-ce que les actions mises en place améliorent réellement la biodiversité ?
Quels types de milieux fonctionnent, et lesquels produisent peu d’effets ?
Où concentrer les efforts pour un maximum d’impact, à moyens constants ?
Quels ajustements sont nécessaires dans la gestion existante ?
Dans ce contexte, mesurer n’est pas un luxe, ni une contrainte administrative supplémentaire.
C’est un outil de pilotage, au même titre que le suivi financier ou technique d’un projet.
La mesure permet notamment de passer :
d’une logique d’actions dispersées,
à une stratégie fondée sur des résultats observables,
capable de guider les choix, d’optimiser les ressources et de rendre les efforts visibles et crédibles.
Mesurer pour comprendre, pas seulement pour compter
Lorsqu’on parle de mesure de la biodiversité (monitoring), une confusion persiste encore fréquemment :
mesurer serait synonyme d’inventorier, de lister des espèces, ou de produire des chiffres “pour le rapport”.
Or, la mesure n’a de sens que si elle éclaire la décision. “Ce qu'on ne mesure pas, on ne peut pas améliorer.” Peter Drucker
Compter des espèces sans interprétation écologique, sans lien avec les pratiques de gestion, sans lecture territoriale, apporte peu de valeur opérationnelle à une collectivité.
À l’inverse, une approche de mesure bien conçue permet de répondre à des questions très concrètes :
Quels types d’habitats sont réellement fonctionnels sur le territoire ?
Est-ce que nos investissement, nos efforts fonctionnent?
Où la biodiversité est-elle la plus riche… et pourquoi ?
Quelles pratiques de gestion favorisent certaines espèces, et lesquelles posent problème ?
Quels sites jouent un rôle clé de réservoir ou de connexion écologique ?
Est-ce que notre corridor écologique fonctionne?
Dans cette perspective, la biodiversité n’est pas appréhendée comme une somme d’espèces isolées,
mais comme un système d’habitats, de cycles biologiques et de continuités écologiques.
C’est pourquoi certains groupes biologiques — notamment les insectes comme les papillons de jour — sont particulièrement pertinents :
ils réagissent rapidement aux changements de gestion,
ils sont étroitement liés à la qualité des habitats,
et ils constituent d’excellents indicateurs de l’état écologique d’un site.
Mesurer la biodiversité, ce n’est donc pas chercher l’exhaustivité,
mais identifier des signaux fiables, capables de traduire la qualité écologique réelle d’un milieu.
Pour une collectivité, cette approche permet de passer :
d’une perception intuitive (“on pense que c’est mieux”),
à une compréhension objectivée (“voici ce qui fonctionne, ici et maintenant”),
et surtout à une capacité d’ajustement fin des pratiques, sans multiplier les actions inutiles.
La mesure devient alors un outil de lecture du territoire,
au service de choix plus efficaces, plus cohérents et plus défendables dans le temps.
De la donnée brute à la décision opérationnelle
Une donnée, en soi, ne décide de rien.
Ce qui fait la valeur d’une mesure de biodiversité, ce n’est pas le chiffre isolé, mais la capacité à le traduire en action concrète.
Trop souvent, les collectivités disposent de données disparates :
inventaires ponctuels, diagnostics liés à un projet, relevés naturalistes historiques, sans cadre commun pour les interpréter et les relier aux pratiques de gestion.
Le risque est alors double :
accumuler de l’information sans pouvoir l’exploiter,
ou prendre des décisions générales à partir de signaux mal compris.
Passer de la donnée brute à la décision opérationnelle implique un changement de posture.
Il ne s’agit plus de se demander combien d’espèces sont présentes, mais ce que ces espèces disent du fonctionnement écologique du site.
Concrètement, une lecture opérationnelle de la biodiversité permet par exemple de :
identifier les habitats réellement fonctionnels et ceux qui le sont moins ;
repérer des déséquilibres (gestion trop homogène, perturbations trop fréquentes, manque de ressources clés) ;
comprendre pourquoi certains sites réagissent positivement aux mesures mises en place, et d’autres non ;
hiérarchiser les zones d’intervention sans multiplier les actions partout.
Cette approche est particulièrement précieuse pour les communes de taille moyenne, où les ressources humaines et financières sont limitées et où chaque ajustement de gestion doit produire un effet mesurable.
En traduisant les observations écologiques en indicateurs lisibles, la collectivité peut alors piloter sa stratégie biodiversité de manière plus fine :
ajuster les calendriers de fauche,
différencier les modes de gestion selon les sites,
renforcer certains habitats plutôt que d’en créer systématiquement de nouveaux,
valoriser ce qui fonctionne déjà, sans alourdir le travail des équipes.
La donnée devient ainsi un outil d’aide à la décision, au même titre que les indicateurs énergétiques, climatiques ou financiers.
Non pas pour complexifier l’action publique, mais pour la rendre plus cohérente, plus efficace et plus défendable dans le temps.
Mesurer pour prioriser : faire mieux sans faire plus
Dans les collectivités, la question n’est presque jamais :
« Faut-il agir pour la biodiversité ? »
La vraie question est plutôt :
où agir, comment, et avec quels moyens limités ?
Les équipes savent déjà que tout ne peut pas être fait partout.
Mais sans cadre de mesure, les arbitrages se font souvent :
au ressenti,
à l’opportunité politique,
ou par reproduction de pratiques déjà en place ailleurs.
La mesure change radicalement cette logique.
Elle permet de prioriser, non pas en ajoutant des actions, mais en orientant plus finement celles qui existent déjà.
Concrètement, mesurer la biodiversité et la qualité des habitats permet de :
identifier les sites à fort potentiel écologique, où de petits ajustements produiront de grands effets ;
repérer les zones déjà fonctionnelles, qu’il faut surtout préserver et ne pas dégrader involontairement ;
détecter les espaces où les efforts actuels sont peu efficaces, malgré une gestion dite « favorable » ;
distinguer les actions à fort rendement écologique de celles à faible impact.
Cette lecture évite un écueil fréquent :
traiter tous les espaces de la même manière, alors qu’ils n’ont ni les mêmes contraintes, ni les mêmes fonctions écologiques.
Pour une commune, cela signifie très concrètement :
arrêter de vouloir “verdir” partout de façon uniforme ;
accepter qu’un site puisse être prioritaire, et un autre secondaire ;
concentrer l’énergie des équipes là où elle est réellement utile.
C’est aussi un levier fort pour les responsables d’espaces verts :
la mesure permet de justifier les choix de gestion (et les budgets),
y compris lorsqu’ils vont à l’encontre de certaines attentes esthétiques ou habitudes historiques.
Faire mieux sans faire plus, ce n’est pas renoncer à l’ambition.
C’est remplacer la dispersion par la précision, et passer d’une logique de surface à une logique d’impact.
Dans un contexte de pression budgétaire et de multiplication des exigences (labels, plans climat, attentes citoyennes),
la capacité à prioriser devient une compétence stratégique, au même titre que la capacité à agir.
Mesurer pour démontrer et valoriser l’action publique
Dans de nombreuses communes, un paradoxe persiste :
beaucoup d’actions sont mises en place, mais peu sont réellement démontrées.
Gestion différenciée, prairies fleuries, plantations indigènes, réduction des intrants, fauches tardives…
Ces efforts existent, mobilisent du temps et des ressources,
mais restent souvent difficiles à objectiver, à raconter et à défendre.
La mesure joue ici un rôle clé :
elle transforme une intention écologique en action publique lisible et crédible.
Disposer d’indicateurs de biodiversité et de qualité des habitats permet de :
montrer concrètement ce qui a évolué dans le temps (avant / après) ;
rendre visibles des résultats qui ne se voient pas toujours à l’œil nu ;
appuyer les décisions face aux élus, aux organes de contrôle ou aux financeurs ;
répondre de manière factuelle aux critiques ou aux incompréhensions citoyennes.
Pour les services communaux, c’est aussi un levier interne puissant.
La donnée permet de :
valoriser le travail des équipes techniques ;
sortir d’une logique défensive (« on fait comme on peut ») ;
installer une culture du pilotage et de l’amélioration continue.
Dans un contexte où les labels, plans climat et démarches durabilité se multiplient,
la question n’est plus seulement de faire, mais de pouvoir démontrer.
Mesurer, ce n’est pas ajouter une couche administrative.
C’est se donner les moyens de :
sécuriser les choix réalisés,
orienter les investissements futurs,
et construire un récit cohérent entre action de terrain, stratégie politique et communication publique.
Autrement dit, la mesure devient un outil de gouvernance écologique :
elle relie le terrain, la décision et la transparence.
Passer de l’intention à la maîtrise
La biodiversité en milieu urbain n’est ni un sujet marginal, ni une question de bonnes intentions.
Les communes disposent de leviers réels, immédiats, et souvent sous-estimés pour agir efficacement.
Mais à mesure que les démarches, labels et initiatives se multiplient, une évidence s’impose : faire ne suffit plus.
Sans observation structurée, sans indicateurs partagés, sans retour sur les effets réels des pratiques,
le risque est grand de multiplier les actions sans en maîtriser les impacts.
Mesurer la biodiversité et la qualité des habitats, ce n’est pas complexifier l’action…
C’est au contraire donner un cap, prioriser intelligemment, et valoriser ce qui fonctionne déjà.
Pour les collectivités, l’enjeu n’est pas d’en faire toujours plus,
mais de faire mieux, là où cela compte, avec des données fiables et exploitables.
C’est dans cette logique qu’a été conçu le Programme Impact Biodiversité :
un cadre opérationnel pour aider les communes à passer de la gestion intuitive au pilotage écologique,
et de l’action isolée à une stratégie territoriale cohérente.
👉 Pour aller plus loin et découvrir la démarche :
https://www.microsol-durable.ch/impact-biodiversite
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